Grégoire Falque, bonjour, vous êtes consultant et économiste. Vous appartenez depuis peu un Think Tanks influent, la crise est elle le cœur de vos réflexions ?
Non, ce n’est pas le sujet principal, car pour nous, la crise n’est que la manifestation d’un changement qui a commencé il y a dix ans, et ce changement est terminé.
Comment appréhende-t-on la crise économique actuelle ?
C’est très opaque. L’appréhension d’un évènement est le résultat d’une combinaison entre notre expérience et notre imaginaire. Or nous n’avons pas l’expérience de crise profonde.
Les personnes actives en 1930 ne le sont évidement plus aujourd’hui, et même si elles l’étaient, le contexte n’est plus le même, si bien que l’appréhension de la crise s’alimente principalement de notre imaginaire.
C’est d’ailleurs ce qui engendre un spectre large de compréhension, et une spéculation sur les scénarios d’après crise non fondés sur l’expérience, et qui restent donc très théoriques.
C’est ce qui explique également la fréquence de révision des indicateurs économiques. Nous pouvons le dire, tous, vivons notre première expérience de crise.
Si nous ne pouvons pas appréhender la crise que peut-on imaginer ?
Pour beaucoup, la crise est un passage vers un monde nouveau, avec la peur que cela engendre.
Nous imaginons une douleur provoquée par ce passage en nous référent à notre culture littéraire et cinématographique.
En réalité, c’est ce que l’Homme fait de sa propre expérience de crise, qui va conditionner son appréhension.
Les nouveaux rejetés, se réconfortent dans l’attente d’une rupture cataclysmique et ont une compréhension de nature différente des autres, qui essaient de contrôler le changement pour conserver leurs positions.
Ils vont avoir tendance à s’émanciper, en créant leur propre activité et mettre en œuvre leurs propres visions.
Ce qui est d’autant plus légitime, dans un contexte de crise car personne ne trouvera à les contredire, compte tenu de l’ignorance partagée de ce vers quoi nous allons tendre.
Nous imaginons aussi que rien ne va radicalement changer.
Autrement dit notre inexpérience fait que nous ne pouvons qu’imaginer.
Penser vous qu’un changement va apparaitre après la crise?
Non, je ne le pense pas, pour la simple et bonne raison que le changement n’est pas né de la crise, mais a débuté il y a bien longtemps, et est déjà terminé.
Peu, sont ceux qui l’ont d’ailleurs perçu.
La crise n’est que le bouton qui apparait après l’infection.
Que pourrait t-il se passer maintenant?
Il faut bien comprendre que cela c’est déjà passé, et que vous avez devant vos yeux un nouveau monde.
Cependant il y a ceux qui le comprennent depuis longtemps et qui ont agi en conséquence, et ceux pour qui un changement est imminent et qui imagine encore un futur possible.
Au regret de vous décevoir si vous attendez la révolution, elle pourrait effectivement apparaitre mais arriverait à la fin du film.
Quel genre de croissance économique pourrions-nous alors connaitre ?
La croissance économique que nous avons vécue est terminée depuis longtemps. Ce que nous vivons est une consolidation de la valeur ajoutée existante.
Nous recouvrons un niveau de croissance utile, non dopé à l’EPO par utilisation abusive de la dette. Utile car nous ne consommons plus, des ressources et des biens, au-delà de notre utilité marginale.
Combien de tonne équivalent pétrole (TEP) avons-nous consommé pour renouveler les millions de téléphones portables jugés obsolètes car ne possédant pas la dernière fonctionnalité « vitale »
La consolidation de cette valeur ajoutée passe donc par une gestion « utile » des ressources et nécessite également un rejet « utile » de nos déchets.
Les millions de téléphones ne sont plus jetés mais transformés pour être adaptés tant que les ressources ne se sont pas renouvelées.
Pour certain cela sera perçu comme un retour en arrière, car nous ne connaitrons plus le même rythme de croissance. C’est en réalité une croissance plus naturelle.
Je vous remercie Grégoire Falque pour cette interview spontanée.
Merci à vous.
Propos recueillis par L.P